|
Le noir du temps S’inscrit Au tableau noir De mes nuits blanches Dans les arcanes Des lointains rivages
Une villa abandonnée sur un pic Qui regarde la mer Des années ont passé Le sable a gardé Nos empreintes juvéniles À peine effacées
J’écoute le vent du large Et respire le sel Des effluves persistants Quand les bateaux rentraient au port Ce ne sont plus les mêmes bateaux Mais rien n’a vraiment changé
Quelques ajoncs Balayés par les brises Résistent encore Paysage immortel Le portail semble clos à tout jamais Les souvenirs glissent sur la plage
L’été est là Relative fraîcheur Des jours où le soleil s’estompe Dans l’indifférence des flots calmes Le balcon délabré S’incline sous l’estocade de l’oubli
Les premières amours ont déserté La baie de l’innocence Recouverte du limon De nos rires Que l’écho distille encore Aux oreilles attentives
*****
J’avance dans les rues endormies De la citadelle Matin d’ambre
Au ciel parsemé Des dernières ombres de la nuit Premier café Sur le comptoir L’aurore allonge Ses premiers rais D’or et d’argent
Premières nouvelles Toujours les mêmes Ou presque
Premiers bruits du jour Quiétude en partance Vers le prochain levant
*****
Enfilade de quais Reflets aigue-marine de ce soir-là Rails luisants Au clair crépuscule J’attends le signal Départ vers le grand large Via la plaine et la lande Une dernière cigarette Et en voiture Le train s’ébroue La grande gare N’est plus qu’un point fuyant Déjà la banlieue s’amenuise Les images défilent Au rythme des pensées
Filant vers demain
Reflets aigue-marine de ce soir-là
*****
Clair de lune sur la falaise Pas âme qui vive Des chants ancestraux Montent pourtant jusqu’ici Aventuriers ou flibustiers Marins au long cours L’histoire a gravé leurs voix Dans le sillon de l’onde Échos venus s’échouer De ressac en ressac
Sur le fil de la mémoire Lueurs de nuit Caressant la blancheur crayeuse Traversées d’hier Néant d’aujourd’hui Venus se confondre Dans la contemplation nocturne À la rencontre Du présent Et du silence
*****
Quelque bruine Sur la digue Quelque grain perdu Dans l’air du matin
Là-bas un chien fou qui jappe Sa voix résonne Dans l’infini du jour pointant Je voudrais encore Des instants pareils Conjurant Les fêtes surfaites Censées nous réjouir
*****
|